C’était en 1992, douze ans après avoir quitté la vie d’usine, dix ans après avoir publié Sortie d’usine. Mais Sortie d’usine avait laissé sur ses bords tous les souvenirs réels, à commencer par les bizutages aux Arts et Métiers, les étés en intérim, et les premiers grands déplacements pour l’usine Sciaky de soudage à Vitry. La mémoire se délavait, j’en étais conscient. Alors j’ai profité de plusieurs invitations, revues, magazines, pour repartir à l’assaut de ce qui s’effaçait, et, chaque fois, c’est une décision dans la langue qui devenait outil. Verdier a accueilli les six textes que rassemble Temps machine. La mémoire familiale, les deux garages, celui du grand-père et celui du père, restaient un horizon, et cette histoire des techniques qui avait constitué mon enfance, mais que l’ordinateur maintenant renvoyait au passé. Puis, en 2001, disparition brutale du père: trois semaines de notes continues, pour conjurer. Je fais lire à Gérard Bobillier, fondateur de Verdier, et il publie tel quel: Mécanique, le titre était là dès le début du livre. C’est cet ensemble que voici aujourd’hui rassemblé, avec un portfolio d’archives.